Entretien avec José ESCOLAR GIL

CTV : Il est où le bout du tunnel ?

José ESCOLAR GIL : On espère que ce sera l’an prochain parce que pour cette année, c’est trop compliqué !

On croyait faire quelque chose, on devait lidier des novillos et des toros en Août puis en Septembre et encore Octobre mais on voit bien que cela ne va pas être possible, c’est trop juste. Et tout se complique, on va devoir l’an prochain lidier la camada de cette année plus celle de l’an prochain.  Même en cas de reprise en cette fin de temporada, les empresarios vont être confrontés à des risques importants de pertes et on peut imaginer qu’ils vont rester prudents, ce qui est normal. On va rester optimistes et tout faire pour que l’aficionado ai envie de nous revoir, qu’on lui manque ! Ce qu’il faut , c’est qu’on puisse assister nombreux aux spectacles taurins sans appréhension, et pour cela il nous faudrait que les laboratoires nous sortent un vaccin !

CTV : Où deviez-vous lidier en 2020 ?

José ESCOLAR GIL : Tout d’abord San Isidro, puis Vic, Pamplona, à nouveau Madrid en septembre ou en la Feria de Otoño et une autre corrida. Il y avait aussi 2 novilladas : Peralta et Calasparra étaient prévus. Mais tout cela est suspendu, pour le moment !

CTV : Et donc tous ces toros et novillos à garder pour l’an prochain ?

José ESCOLAR GIL : Tous oui, sauf les cinqueños. Il y en avait 3 pour Vic et 3 pour Pamplona et aussi à Madrid. Pour aller dans ces arènes, il faut du sérieux ! Cela vont avoir une sortie qui ne sera pas à la hauteur. Comme il semble bien qu’on ne va pas autoriser la lidia des toros de 6 ans, la seule voie sera « la calle », sur Castellon ou Valencia où l’on me demande des toros pour ce type de spectacle. Sinon, on va tout essayer pour sauver cette camada. Toujours est-il que cette année je venais à Vic avec une corrida très très sérieuse. On va maintenant voir si l’on peut garder les cuatreños pour en faire de bons cinqueños et on travaille déjà sur les utreros pour faire des lots qui en imposent tant au niveau du trapio que des têtes. De toutes manières on fera au mieux, et on s’armera de patience…

 

CTV : Vic-Fezensac et Escolar Gil, c’est une longue Histoire

José ESCOLAR GIL : En effet, 37 ans depuis cette année 1983 où nous sommes venus pour la première fois. Je n’avais même pas une corrida complète, ceci-dit elle était très forte. Il a fallu rajouter un toro du beau-père de Ruiz Miguel, Manuel Alvarez. La corrida a été lidiée par Ruiz Miguel, Tomas Campuzano et Morenito de Maracay. Je m’en souviens très bien. C’était la première fois que mes toros sortaient en France. J’ai dans le salon de la maison la tête de Escribano lidié par Ruiz Miguel ce jour-là et qui lui coupa une oreille. Ce fut une corrida sérieuse et le début d’une belle histoire qui m’a amené à revenir régulièrement à Vic où je sens que l’afición m’apprécie et apprécie mes toros.

CTV : Cela fait 40 ans que la ganadería existe. Peut-on parler d’encaste Escolar Gil ?

José ESCOLAR GIL : J’ai eu la chance de pouvoir acheter ces vaches à Victorino qui était un grand ganadero et a fait un travail superbe avec le bétail de Albaserrada qui était passé par les mains de Escudero Calvo et Jose Bueno. Je crois qu’on peut parler d’encaste après 40 ans. J’ai acheté la ganadería en 81. J’ai commencé avec les 25 vaches de Victorino, plus tard j’ai acheté du Santa Coloma (Buendia) à Paco camino, 60 vaches.

Au début, je menais les deux encastes séparément. Mais au bout de 15-16 ans , j’ai tout réuni parce que les Santa Coloma étaient trop petits et trop pauvres de tête. J’ai préféré, par goût, continuer avec l’encaste Albaserrada. Aujourd’hui la ganaderia compte 220 à 225vaches. Je ne garde que de l’Albaserrada comme semental pour le trapio et la tête. Les Santa Coloma était braves mais il fallait absolument relever le trapio. Il n’y a jamais eu ici que des sementales Albaserrada sur mes vaches Albaserrada. On peut ainsi dire sans peur de se tromper que la ganadería est devenue Albaserrada par absorption. Quoi-qu’il en soit, mes toros sont aujourd’hui différents des autres Albaserrada. On a défini un type de toro et on peut se valoir d’un encaste en tant que tel.

CTV : Le couronnement d’une vie de ganadero ?

José ESCOLAR GIL : C’est vrai que je ne suis plus tout jeune, mais j’ai commencé tout ça passé ma première jeunesse et aujourd’hui j’ai réussi à élever mes toros que j’amène dans les endroits de la planète taurine où on sort les toros les plus braves : Pamplona 6 ans de suite, Madrid continue après 20 ans, Vic…

La France a été très importante pour ma ganadería. Au début, c’est la France et son afición qui nous ont permis de décoller. C’est là-bas qu’on a commencé à faire parler de nous. Il ne faut pas oublier Céret, Mont de Marsan, etc…

CTV : Quel type de comportement cherchez-vous dans vos toros ?

José ESCOLAR GIL : Qu’ils sortent braves ! Qu’ils soient agressifs au cheval. On travaille beaucoup là-dessus. Que les toreros puissent le toréer et triompher avec, malgré un risque omniprésent, à la différence de ce que l’on voit trop souvent. Attention, nous ne voulons pas voir des accidents en piste ! Mais le toro doit transmettre. Il faut qu’il y ait de l’émotion.

On peut ainsi dire sans peur de se tromper que la ganaderia est devenue Albaserrada par absorption. Quoi qu’il en soit, mes toros sont aujourd’hui différents des autres Albaserrada. On a défini un type de toro et on peut se valoir d’un encaste en tant que tel.

José ESCOLAR GIL

CTV : Qui sont les toreros en las tientas en Valdetietar ?

José ESCOLAR GIL : Chez nous les tientas sont en général réalisées par les toreros qui nous tuent les toros en corrida. Quand les cartels sortent très tard (par exemple Pamplona), on garde quelques becerras, quelques vaches pour que les maestros puissent s’accoupler, se familiariser avec notre bétail. C’est la moindre des choses. Bien sûr le toro et la vache ce n’est pas pareil, mais cela leur sert quand même. Je veux dire combien notre élevage profite aussi du bon travail des toreros qui toréent nos toros et les mettent en valeur.

CTV :Comment évolue la cabaña brava ?

José ESCOLAR GIL : Cela a beaucoup changé, on voit sortir un toro beaucoup plus commode comme l’exigent les figuras. Je pense sincèrement qu’autrefois les figuras toréaient plus souvent des toros de ganaderías qu’ils auraient préféré ne pas avoir à toréer. Mais ils les toréaient… Maintenant, c’est très différent, le toro exigeant et fort, ils le fuient ! Et les ganaderos s’adaptent à cette nouvelle donne pour que les toros soient plus toréables. Ils tiennent compte des toreros, chose que dans cette maison, on ne fait pas. Ici on élève un toro pour l’afición, un toro fuerte, exigeant. Et ça fait 40 ans que l’on fait comme ça !

CTV : Comment envisager le futur de la tauromachie ?

José ESCOLAR GIL : Si on ne tue pas le virus, ça va être compliqué ! Il faut bien voir qu’on est dans une mauvaise passe parce que non seulement les corridas dans les arènes ont des soucis mais aussi les spectacles populaires. Il est impossible de réunir les gens, sans la foule il n’y a pas de fêtes des toros. Mais quand-même, tant en Espagne comme en France, il y a mucha afición et on va s’en sortir !!! Impossible que la tauromachie disparaisse. Avec toute l’afición qu’on a et que l’on transmet à nos descendants, l’avenir est assuré.

CTV : El futuro de la ganadería Escolar ?

José ESCOLAR GIL :Mon petit-fils vient d’avoir son bac, il a 19 ans. Il est très aficionado. C’est le fils de El Fundi. Dès qu’il a une minute, il s’échappe et vient au campo au contact du bétail. La relève est assurée pour venir à Vic pendant plus de 40 ans encore ! Comme moi j’ai suivi l’exemple de mon grand-père et de mon père. Il suivra, s’il le veut, le mien. Bon sang ne saurait mentir !

GANADERÍA : “ Don José ESCOLAR GIL ”

• Devise : Blanc et rouge
• Signe : “Horquilla” à chaque oreille
• Ancienneté : 24 mars 1985
• Finca : “Monte Valdetiétar” – Lanzahita (Ávila)
• Mayoral : Ángel Hermoso Iglesia
• Sang : Marqués de Albaserrada – Saltillo
• 9ème participation à la Feria de VIC (1983 – 2003 – 2004 – 2008 – 2009 – 2009 (Ccrs) – 2010 – 2012 – 2015)

Cette année devait marquer leur retour en France et dans nos arènes, avec pour les affronter Octavio CHACÓN, Manuel Jesús PÉREZ MOTA, Alberto LAMELAS.

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